Friday, 21. of November 2008

Activité physique suite à l’implantation d’une prothèse valvulaire cardiaque mécanique

1. Effets d’un entraînement physique sur le système cardiovasculaire

La pratique d’une activité physique à la suite de l’implantation d’une prothèse valvulaire cardiaque mécanique constitue de nos jours l’un des fondements du traitement au long cours et doit faire partie du rythme de vie habituel, quotidien ou hebdomadaire, du patient. Les études à long terme ont montré que même les patients chez lesquels avait été mise en place une prothèse valvulaire cardiaque pouvaient prétendre à un niveau de condition physique égal à celui de personnes en bonne santé de la même tranche d'âge.Toute lésion cardiaque préexistante représente un facteur crucial quant à ce qu’il est possible de prédire en termes de condition physique. De manière générale, il est possible d’affirmer que plus le trouble est d’installation ancienne et plus il est complexe, plus le temps nécessaire pour retrouver une bonne condition physique sera long.La cardiologie du sport s’intéresse depuis longtemps aux effets de la pratique d’une activité physique sur un muscle cardiaque malade, ayant fait l’objet d’une intervention chirurgicale.

Les effets suivants ont été mis en évidence scientifiquement :
réduction de la fréquence cardiaque au repos et à l’effort,
réduction du pic de la pression artérielle systolique à l'effort,
degré de pression moindre pendant la phase d’expulsion du sang à partir du ventricule,
allongement de la diastole,
amélioration de l’élasticité de l’ensemble des vaisseaux sanguins,
épaississement de l’endothélium vasculaire,
tendance des plaquettes (thrombocytes) à s’agréger réduite,
tendance des globules rouges (érythrocytes ou hématies) à s’agglutiner diminuée,
meilleure fibrinolyse.

Ceci signifie que les propriétés d’écoulement du sang sont améliorées, que le muscle cardiaque pompe sous une pression moindre et que la résistance due à la friction dans les vaisseaux sanguins et dans la nouvelle valve cardiaque est considérablement réduite.
Ces effets sont importants pour le patient porteur d’une prothèse valvulaire cardiaque.

 

2. Elaboration d’un programme d'entraînement physique

La mise sur pied d’un programme d’entraînement optimal doit reposer sur les données utilisées pour le diagnostic cardiologique. Un programme d’entraînement est élaboré en fonction des points suivants :
lésion préexistante,
résultat chirurgical,
cicatrisation du muscle cardiaque,
trouble cardiaque secondaire, quel qu’il soit,
ECG d’effort
données de l’échocardiographie (action de pompe des cavités cardiaques).

Le programme d’entraînement optimal se définit comme suit :
a) Pratique d’un sport d’endurance (marche, randonnée, course, bicyclette, ergomètre, natation, ski de randonnée, patin en ligne).
b) Cette activité physique doit être quotidienne ou s’effectuer au minimum 3 à 4 fois par semaine, et durer plus de 30 minutes à chaque fois.
c) Elle ne doit pas dépasser 65 % de la performance physique maximale en termes d’intensité.

Remarques
a) : Les effets d’une activité sportive d’endurance sur le système cardiovasculaire, les cellules sanguines et le métabolisme sont extrêmement bénéfiques du fait que cette activité implique une alternance de contraction et de relâchement des muscles. Ceci garantit une alimentation en sang optimale, la pression artérielle n’étant que modérément augmentée.

b) : Un programme d’entraînement visant le système cardiovasculaire et les cellules sanguines doit être d’une durée minimale de 30 minutes, car il doit permettre à tous les systèmes métaboliques de participer au processus fournissant l’énergie, le métabolisme des graisses étant au nombre des plus importants.

c) : L’intensité de l’activité physique ne doit pas dépasser 65 % de la performance physique maximale. L'entraînement doit comprendre des exercices aérobies permettant une bonne oxygénation des tissus. Jusqu’à ce niveau d’intensité, les muscles brûlent des graisses ainsi que des glucides en consommant de l’oxygène. Les concentrations en acide lactique et en adrénaline restent faibles, ceci n’ayant pas d’impact sur l’hémogramme. Si le muscle est excessivement acidifié du fait d’un effort anaérobie, on assiste à une forte accumulation d’adrénaline du fait de la présence de l’acide lactique dans le sang. Cet environnement métabolique acide rend le sang plus épais et moins réceptif à l’oxygène. Une acidification excessive survient à environ 65 % de la performance physique maximale. L’augmentation de l’intensité de l’effort ne se traduit par aucune amélioration de l’effet de l’entraînement.

 

3. Calcul de l’intensité optimale à partir de l’ECG d’effort

Pour calculer l’intensité optimale, considérez que la puissance en watt de l'ECG d’effort est égale à 100 %. La puissance en watt pour l’entraînement correspond à 65 % de cette valeur. Recherchez la fréquence cardiaque indiquée à ce stade en consultant les notes relatives à l’ECG d’effort. C'est la fréquence cardiaque d'entraînement optimale. Cette valeur ne doit pas être dépassée pendant l'effort. Bien que le dépassement bref de cette valeur n’entraîne pas de lésion du muscle cardiaque, les conditions ne sont plus idéales pour l’hémogramme.
Exemple : Vous atteignez une puissance de 100 watts à l’intensité la plus élevée de l’ECG d’effort. Ceci signifie que l’intensité optimale de votre entraînement est égale à 65 watts (= 65 %).
Si, toutefois, cette puissance ne peut pas être maintenue pour des raisons d’ordre cardiaque (pression artérielle trop augmentée, action de pompe restreinte, arythmie liée à un stress, etc.), l’intensité de l’effort doit être réduite.

 

4. Choix des différents types d’exercices

La cardiologie du sport établit une différence entre surcharge volumique et surcharge barométrique lors de l’évaluation des différents types d’exercice.
En surcharge volumique, le muscle cardiaque travaille à un rythme élevé (fréquence du pouls) mais la pression artérielle n’est que faiblement augmentée.
En surcharge barométrique, le muscle cardiaque travaille à un rythme faible mais la pression artérielle est élevée. C’est la raison pour laquelle la préférence est donnée aux exercices mettant surtout en jeu la surcharge volumique.

Les exercices avec surcharge volumique uniquement sont jugés être idéals:
marche, marche rapide,
randonnée, jogging,
ski de randonnée, patinage en ligne,

(tous ces sports étant pratiqués en terrain plat).



Les exercices avec surcharge barométrique légère sont considérés comme très bons:
marche, marche rapide, randonnée, jogging, ski de randonnée, patinage en ligne avec dénivelé léger, ergomètre, bicyclette sur terrain plat, natation, ski de fond, golf.



Les exercices avec surcharge barométrique modérée sont considérés comme bon :
bicyclette avec dénivelé moyen,
ski de randonnée avec dénivelé modéré,
aviron, kayac, canoë (en fonction du plan d’eau et des courants),
danse.



Les exercices avec surcharge barométrique modérée à intense sont considérés comme satisfaisants:
bowling
tennis (selon la force de l’adversaire),
voile (en fonction du type de bateau et de la force du vent),
volley-ball, badminton,
ski alpin,
VTT avec dénivelé important.
Dans ces différents types d’exercice, la surcharge dépend du niveau de chaque personne.



Les exercices avec surcharge barométrique élevée sont jugés mauvais:
musculation (haltères, musculation utilisant des poids lourds),
squash, badminton au niveau compétition,
planche à voile,
football, handball.

 

Il est évident qu’il est difficile d’apprécier les deux derniers groupes d’activités sportives. La surcharge barométrique par exemple dépend du niveau de la personne dans ce sport.
Il est par conséquent nécessaire de toujours consulter un moniteur sportif formé à la rééducation cardiaque ainsi qu’un cardiologue qui fourniront des conseils au cas par cas.

Cas particulier : natation et plongée:
La pratique de ces deux types de sport par des patients porteurs de prothèse valvulaire cardiaque est très controversée depuis une vingtaine d’années, la raison en étant que des études avaient montré la survenue d’arythmies au-dessus de l’eau comme au-dessous. De plus, le sang s’écoule des jambes vers l’abdomen et le thorax du fait de la pression hydrostatique, entraînant ainsi une légère augmentation de la pression dans les poumons.
De nos jours, nous savons que le milieu aquatique ne présente pas de risque pour le muscle cardiaque. Les patients peuvent s’entraîner selon les critères (rythme cardiaque) définis pour les exercices sur terre ferme.
En outre, il a été établi qu’en milieu aquatique les patients dont la fonction cardiaque était limitée et/ou qui souffraient de fibrillation auriculaire ne présentaient pas de risque d’arythmie cardiaque accrue ; ils peuvent ainsi pratiquer la natation s’ils aiment ce sport et sont à même de se rendre facilement dans une piscine, dans la mesure où ils respectent les recommandations données en termes d’entraînement.
La température idéale de l’eau est comprise entre 24 et 32 °C.
La plongée sans matériel (plongée en apnée avec travail cardiaque supplémentaire en simultané) provoque des pressions extrêmement élevées dans le poumon en association à un manque d’oxygène, la respiration habituelle alternant inspiration et expiration n’étant pas possible. Le fait de rester sous l’eau pendant moins de 20 secondes ne pose pas de problème.

Salle de musculation/remise en forme
La question de l’intérêt médical de l’entraînement musculation en salle revient régulièrement. Dans l’ensemble, il est possible d’affirmer que l’entraînement musculation destiné à stabiliser la substance musculaire et le fonctionnement des articulations prend une place de plus en plus importante en rééducation médicale. Des études récentes montrent qu’un entraînement musculation a un effet très bénéfique sur le travail cardiaque quotidien.
Le rejet dont il avait fait l’objet par les cardiologues était dû aux pics de pression artérielle imprévisibles et difficilement mesurables qui étaient observés et que les médecins soupçonnaient d’entraîner des lésions du muscle cardiaque. La crainte était qu’à la suite de la pose d’une prothèse valvulaire cardiaque la pression serait trop importante à l’endroit où la valve est fixée sur la crosse de l’aorte.
Des études réalisées au cours des 7 dernières années ont révélé qu’un exercice d’endurance modérée avec des poids atteignant jusqu’à 50 % de la capacité maximale du groupe musculaire concerné ne présentait pas de risque. Les pics de pression artérielle problématiques surviennent à des niveaux de travail cardiaque correspondant à 65-80 % de la puissance musculaire maximale, après plus de 15 répétitions de l’exercice, ou avec une durée du travail cardiaque supérieure à 20 secondes. Un effort maximal de courte durée, de moins de 4 secondes, ne pose pas de problème, comme il a pu être mesuré par cathétérisme droit sur un appareil de musculation.
Actuellement, les salles de musculation modernes offrent d’excellents programmes d’exercice adaptés aux besoins individuels de chacun. La salle de musculation doit pouvoir vous fournir les qualifications des membres de son personnel ainsi que la preuve de son homologation.

Séjour en altitude
Voici quelques conseils concernant les séjours en altitude, qu’il s’agisse de vacances prolongées ou de la pratique de sports d’hiver.
Plus l’altitude est importante, plus la pression de l’oxygène dans l’air respiré diminue, ce qui signifie que l’organisme n’est plus en mesure d’absorber autant d’oxygène à chaque inspiration. La réponse de l’organisme à ce phénomène est une respiration plus rapide et une augmentation de plus de 20 % de la fréquence cardiaque comparativement à la valeur au repos. Par conséquent, votre pouls habituel lors d’une séance d’entraînement est déjà atteint à ce qui paraît ne correspondre qu’à un léger travail cardiaque. La viscosité augmentée du sang constitue un effet négatif supplémentaire : en altitude, le corps perd plus de liquides par les voies respiratoires. Vous devez vous assurer d’un apport hydrique suffisant.
Ces modifications ne peuvent se produire qu’à plus de 2000 mètres ; un sport (ski alpin, ski de fond, marche ou bicyclette en montagne) pratiqué à l’occasion d’un séjour à cette altitude est donc sans risque.
Une acclimatation à l’altitude survient dans les deux à trois jours environ. Il est par conséquent impératif d’attendre deux jours à cette altitude avant de commencer le programme d’entraînement.

Climats chauds
Dans un pays méditerranéen ou une région tropicale, il convient d’éviter toute activité physique intense à des températures dépassant 28 °C et des taux d’humidité supérieurs à 80 %, l’organisme n’étant plus capable d’assurer la régulation thermique nécessaire.
Dans cette situation également, le rythme cardiaque au repos se trouve augmenté et celui correspondant à un entraînement est atteint plus rapidement qu’habituellement.

Sauna/Bain turc
Le sauna ne présente aucun risque. Dans un sauna, la chaleur provoque une augmentation brutale du rythme cardiaque afin de transporter le sang vers la périphérie. Puis la chaleur est restituée à l’environnement. La pression artérielle chute légèrement. Les plongeons dans l’eau glacée sont toutefois à éviter et remplacés par des douches froides.

 

5. L’activité physique en cas d’insuffisance cardiaque ou de capacité limitée de la pompe cardiaque

Le calcul de l’intensité optimale de l’entraînement en présence de troubles cardiaques secondaires (comme une hypertension artérielle ou une coronaropathie par exemple) est déjà problématique. Si, en outre, une insuffisance cardiaque est présente ou si la pompe du cœur gauche se trouve très restreinte, les objectifs de l’entraînement sont à redéfinir.
Si le ventricule gauche n’est pas en mesure de pomper suffisamment de sang dans le système vasculaire par rapport à l’effort demandé, celui-ci ne doit pas être maintenu.
Pendant longtemps, il a été considéré qu’une activité physique était impossible chez les patients présentant ce type de troubles, patients pour lesquels la pratique d’un sport était exclue.
Au cours des dernières années, un nouveau programme d’entraînement visant à maintenir la puissance musculaire a été mis au point dans ce contexte clinique. Le terme utilisé est « entraînement fractionné » ou « interval training » : effort ne se prolongeant pas au-delà de 20 à 30 secondes, suivi d’une pause obligatoire de 40 à 60 secondes.
L’entraînement fractionné idéal se pratique sur cyclo-ergomètre. La personne pédale pendant 20 secondes, puis marque une pause de 40 secondes, ou encore elle pédale pendant 30 secondes, puis marque une pause de 60 secondes.
La puissance en watts dépend du diagnostic cardiologique.
Les valeurs visées par l’entraînement peuvent également être atteintes à l’aide d’haltères de petite taille ou d’appareils permettant d’améliorer la force musculaire.
L’élaboration de ce type de programme d’entraînement est extrêmement complexe et doit être entreprise uniquement par des moniteurs sportifs formés à la rééducation cardiaque.

 

6. Y a-t-il des différences entre les patients porteurs d’une prothèse valvulaire aortique et ceux chez lesquels a été implantée une prothèse valvulaire mitrale ?

Les mêmes principes s’appliquent aux deux groupes de patients lorsque le programme d’entraînement est mis au point. Les résultats des examens pratiqués pour le diagnostic cardiologique sont utilisés pour le programme d’entraînement, que la prothèse valvulaire soit mécanique ou biologique.
A long terme, les meilleurs résultats d’entraînement sont obtenus chez les patients porteurs d’une prothèse valvulaire aortique sans troubles secondaires et ayant subi une intervention chirurgicale sur le cœur droit. Il n’existe quasiment aucune restriction en termes d’effort et ils peuvent atteindre un très haut niveau de condition physique.
Les patients porteurs de prothèse valvulaire mitrale et atteints de fibrillation auriculaire ne constatent pas d’amélioration de leurs capacités au cours des premiers mois, la fibrillation constituant un frein à l’intensification du programme d’entraînement. L’organisme a besoin de beaucoup plus de temps pour que le muscle cardiaque puisse cicatriser.

 

7. Résumé

Les patients porteurs de prothèse valvulaire cardiaque peuvent suivre un réentraînement à l’effort à n’importe quel moment à la suite de leur intervention. Le programme de traitement par effort varie bien plus que dans le cas des patients ayant présenté un infarctus du myocarde et dans celui des patients ayant fait l’objet d’un pontage. Dans la mesure où le résultat chirurgical est bon et où il n’existe pas d’autres troubles cardiaques, il n’y a pratiquement aucune limite à l’activité physique.
Le programme d’entraînement prescrit est fonction du diagnostic cardiologique, mais il doit néanmoins être correctement élaboré en collaboration avec des kinésithérapeutes formés à la rééducation cardiologique à l’hôpital ou au centre de réadaptation cardiaque.

Uwe Schwan, Graduate Sports Instructor, Clinic Bad Schönborn, (Allemagne) (2003)